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La 2G s'éteint en France, et l'IoT industriel n'est pas prêt

Théodore BaillyPublié le 7 octobre 20265 min de lecture
Équipement électrique industriel dans une usine de production

La coupure qui arrive sans prévenir

Le 6 octobre 2026, Orange a éteint définitivement la 2G dans 44 départements français. Free Mobile est également touché, son réseau 2G reposant en itinérance sur l'infrastructure d'Orange. Le 20 octobre, 43 départements supplémentaires rejoindront le périmètre, portant l'extinction nationale à son terme.

Dans l'imaginaire collectif, la fin de la 2G concerne les vieux téléphones à clapet. Dans les faits, elle touche silencieusement une infrastructure professionnelle distribuée dans des milliers d'entreprises françaises.

Un parc M2M largement sous-estimé

Début 2026, environ 780 000 cartes SIM M2M fonctionnaient encore exclusivement en 2G. Ces cartes ne sont pas dans des smartphones : elles équipent des terminaux de paiement, des boîtiers de téléassistance pour personnes dépendantes, des systèmes d'alarme résidentiels ou industriels, des capteurs IoT de surveillance ou de comptage, des équipements d'ascenseurs et des dispositifs de géolocalisation embarqués dans des flottes. Quand la 2G s'arrête, ces équipements ne passent pas en mode dégradé — ils se coupent du réseau.

Le recensement de l'Arcep donne la mesure du problème : au deuxième trimestre 2025, on comptait encore 5,6 millions de SIM actives sur les seuls réseaux 2G et 3G, tous usages confondus. Les cadences de migration s'accélèrent — la baisse trimestrielle du parc M2M 2G atteignait 21,5 % au dernier trimestre mesuré — mais plusieurs centaines de milliers d'équipements n'ont toujours pas basculé à quelques semaines de la coupure nationale.

Le premier obstacle : l'inventaire

Pour les équipes IT, la difficulté commence avant même le choix d'une technologie de remplacement. Ces équipements ont souvent été déployés par des prestataires métier — installateurs d'alarmes, intégrateurs industriels, opérateurs de téléassistance — hors du périmètre direct du DSI. Ils ne figurent pas dans le CMDB, et les SIM associées relèvent parfois de contrats opérateur distincts des abonnements mobiles classiques. Avant de migrer, il faut recenser ce qu'on a.

La migration elle-même ne se limite pas à changer une carte SIM. Les terminaux les plus anciens n'acceptent pas les technologies de remplacement. Le LTE-M, norme 4G dédiée aux objets connectés à faible consommation, est l'alternative la plus adaptée à la majorité des cas d'usage M2M : couverture comparable à la 2G, consommation réduite, déploiement sans rupture pour les applications de remontée périodique de données. Mais son adoption implique dans de nombreux cas de remplacer le matériel, pas seulement la carte.

Ce que la coupure 2G révèle vraiment

La coupure 2G est avant tout un test de gouvernance IoT. Elle expose un angle mort récurrent dans les systèmes d'information : le parc des objets connectés hérités, déployés par vagues depuis le milieu des années 2000, invisibles dans les référentiels d'actifs et rarement intégrés aux plans de continuité d'activité.

Les opérateurs ont communiqué, l'Arcep a publié ses observatoires trimestriels, les calendriers étaient connus depuis des mois. Pourtant, le retard de migration persiste. Ce n'est pas un problème de technologie — c'est un problème de périmètre. À l'heure où les projets IoT industriels s'accélèrent, l'événement rappelle qu'une stratégie de connectivité doit intégrer les cycles de vie des équipements et la capacité à recenser rapidement un parc dispersé dans toute l'organisation.

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