Introduction
OVHcloud vient d'annoncer des révisions tarifaires qui vont faire grincer des dents plus d'un DSI. À partir d'avril 2026, les augmentations varient de 9 % pour les nouvelles instances de cloud public, jusqu'à 87 % pour certains serveurs dédiés gaming. La cause ? Une pénurie mondiale de mémoire DRAM qui n'épargne personne, pas même le champion européen de l'hébergement.
Une pénurie d'une ampleur inédite
Derrière ces hausses se cache une mécanique bien connue des équipes IT : la production de mémoire est une ressource limitée, et les fabricants de semiconducteurs l'ont massivement redirigée vers les GPU destinés à l'intelligence artificielle. Résultat : les prix de la DDR4 ont bondi de 158 % depuis septembre 2025, et ceux de la DDR5 de 307 %. Octave Klaba, PDG d'OVHcloud, a été transparent sur ce point en anticipant publiquement que la RAM sera entre 250 et 300 % plus chère fin 2026 qu'il y a un an.
Ce contexte ne concerne pas qu'un hébergeur. Hetzner, le concurrent allemand, applique des augmentations moyennes de 30 % en Europe et jusqu'à 38 % sur le marché américain. La tendance est structurelle : selon OVHcloud, les nouvelles capacités de production de mémoire ne devraient pas soulager significativement les cours avant 2028.
Le cloud souverain n'est plus l'abri tarifaire
Pendant des années, OVHcloud et ses équivalents européens ont été présentés — à juste titre — comme une alternative économiquement crédible aux hyperscalers américains. L'argument prix était solide. Il se fissure.
Avec des VPS 2026 dont les tarifs progressent de 43 à 74 %, et des serveurs gaming qui encaissent les hausses les plus sévères, certaines gammes rejoignent des niveaux tarifaires qui se rapprochent de ceux d'AWS ou d'Azure sur des configurations équivalentes. L'écart se resserre, non pas parce que les hyperscalers baissent leurs prix, mais parce que les acteurs européens n'ont plus les marges pour absorber le choc composant par composant.
Ce que cela change dans vos arbitrages IT
La réaction d'OVHcloud est néanmoins notable : l'hébergeur a choisi de ne pas faire porter l'intégralité des surcoûts sur les seules nouvelles offres. En appliquant des hausses partielles sur les anciens serveurs (2 à 6 % selon l'âge du matériel), OVHcloud répartit la pression sur toute la base client plutôt que de rendre les nouvelles générations prohibitives. Les clients ont pu négocier des engagements pluriannuels aux anciens tarifs avant l'entrée en vigueur d'avril 2026. Cette fenêtre est désormais fermée.
Pour les équipes IT et FinOps, plusieurs réflexes s'imposent à court terme :
- Auditer les contrats en cours : identifier quels serveurs sont déjà facturés aux nouveaux tarifs, et lesquels peuvent encore faire l'objet d'engagements négociés avant les prochaines échéances.
- Revoir la segmentation workload : les serveurs gaming et les instances haute mémoire sont les plus touchés. Certaines charges de travail méritent d'être migrées vers des architectures moins dépendantes de la RAM brute.
- Explorer les gammes épargnées : toutes les offres OVHcloud ne sont pas concernées. Les gammes Kimsufi, So You Start, ainsi que l'Object Storage et les solutions IA restent stables pour l'instant, et peuvent couvrir des besoins secondaires à coût maîtrisé.
- Intégrer 2027-2028 dans les plans de capacité : les prix de la mémoire n'atteindront leur plancher qu'une fois les nouvelles capacités de production en ligne. Attendre que la situation se normalise sans anticiper, c'est prendre le risque d'une deuxième vague de renégociations contraintes.
La réalité d'un marché sous tension durable
Ce n'est pas une anomalie passagère. La demande en mémoire pour les infrastructures IA ne se tarira pas, et les fabricants de semiconducteurs ont structurellement réorienté leurs priorités. Pour les entreprises françaises qui ont bâti leur infrastructure sur le cloud souverain en misant sur sa compétitivité tarifaire, le signal est clair : l'avantage comparatif de coût doit être réévalué service par service, au lieu d'être tenu pour acquis. Le cloud européen abordable par défaut était une réalité des années 2018-2024. Ce chapitre se referme.

